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Alors qu’ils boudaient les marchés émergents depuis la crise des devises en 2013, les investisseurs y reviennent misant sur leurs qualités intrinsèques, mais aussi sur leur renouveau politique.

Les marchés émergents reviennent dans les bonnes grâces des investisseurs. L’indice de référence MSCI  Emerging Market a atteint lundi 7 juillet son niveau le plus haut depuis 16 mois à 1063,71 points et ne semble pas voué à s’arrêter de sitôt.

Les places boursières émergentes montrent en effet toutes de jolies progressions depuis le début de l’année 2014 et ce malgré la fragilité du marché des devises. Un changement de sentiment de la part des investisseurs, qui avaient quitté massivement les pays émergents après l’annonce de la Réserve Fédérale Américaine en milieu d’année 2013 d’une sortie progressive de sa politique monétaire accommodante, mise en place pour sortir de la crise.

Ce sont d’ailleurs les pays qui ont le plus souffert de la fuite des capitaux notamment début 2014, les « cinq fragiles » (Brésil, Inde, Indonésie, Turquie et Afrique du Sud) qui sont en tête du palmarès boursier.

Sans tenir compte des taux de change, l’Inde affiche un gain de 23% depuis le début de l’année devant la bourse de Jakarta (+17%), la bourse Turque (+ 16%) et celle de Johannesburg (+13%). Le Brésil ferme la marche avec une performance plus quelconque de 4% pour l’indice Bovespa de la bourse de Sao Paulo.

D’autres pays émergents ont aussi les faveurs des investisseurs comme la Thaïlande (+ 16%) et les Philippines ( + 19%) alors que Dubaï peut revendiquer la plus forte progression de l’indice avec plus 35% depuis le début d’année.

La Russie et la Chine restent en marge de l’emballement récent avec une chute de 6,6% pour l’indice CSI 300, et un gain de seulement 0,32% pour le MICEX russe.

Si les investisseurs retournent sans les pays émergents malgré les incertitudes planant sur le marché des devises, c’est que les facteurs jouant en faveur des entreprises émergentes cotées en bourse sont surtout structurels, propres à chaque pays, et donc décorrélés  en partie des jeux de taux de change.

Mais la question est la suivante: Pourquoi ce rebond des émergents, alors que la crise des devises est encore dans tous les esprits?

D’abord parce que les marchés ont joué ou jouent les changements politiques liés aux élections dans certains pays.

En effet, depuis le début 2014, de nombreuses élections politiques majeures se sont succédées  dans les pays émergents avec des réactions boursières plutôt positives.

En inde, l’élection de Narenda Modi fait espérer à la fois une relance de l’économie, et un redressement des finances publiques. Le dirigeant présentera jeudi 10 juillet son budget, annonce qui sera certainement suivie de prés par les acteurs internationaux.

Ceux-ci ont également accueilli favorablement la candidature du gouverneur de Jakarta aux élections présidentielles de Juillet, alors que l’Indonésie montre une croissance importante depuis le début d’année grâce à son excédent commercial.

Pour ces deux puissances Sud-Asiatiques, les marchés sont « de plus en plus optimistes vis à vis de l’accélération des mesures économiques visant à stimuler la croissance », confie à l’agence Bloomberg , Warut Siwasariyanon, responsable de la recherche à l’Asia Wealth Securities.

Les élections locales en Turquie fin mars ont aussi fait réagir la bourse, qui y voyait la possibilité d’une stabilisation politique. En Russie, les investisseurs ont choisi de croire aux signes d’une sortie de la crise Ukrainienne et d’une détente progressive. Enfin au Brésil, la bourse remonte depuis trois mois au fur et à mesure que la présidente Dilma Roussef chute dans les sondages.

D’un point de vue économique, il y a aussi des motifs d’espoir liés notamment à la reprise économique dans les pays développés , particulièrement aux Etats-Unis  même si selon Jonathan White chez Axa Rosenberg ,  » certaines difficultés demeurent: les investisseurs restent inquiets quant à la stabilité du marché du crédit chinois, aux pressions exercées sur les marges bénéficiaires et à la faiblesse des prix des matières premières ».

Mais alors que les investisseurs semblent avoir mis de coté leurs exigences en matière d’amélioration des déficits, notamment pour les comptes courants, certains analystes conseillent notamment de profiter du décalage qui s’est opéré  » entre le prix des actions émergentes et les bénéfices réalisés par les entreprises, par rapport à ceux des marchés développés », selon AXA Rosenberg.

 » La sous- performance des marchés actions des pays émergents contraste fortement avec les bénéfices dégagés par les entreprises qui opèrent sur ces marchés, en particulier si l’on compare cette situation par rapport aux marchés développés. Le découplage entre cours des actions et résultats des entreprises n’a jamais été aussi marqué. Depuis octobre 2010, les actions émergentes sous-performent celles des marchés développés de 34% si l’on se réfère aux indices MSCI. Parallèlement, durant  la même période, les bénéfices réalisés par les entreprises des marchés émergents n’ont été inférieurs que de 14% par rapport à ceux des sociétés opérant sur les marchés développés ».